ANNÉES DE GUERRE AUX PHILIPPINES 1941-1945 (LXIII)

Hier fête de Tika. Charmante journée. Sa mère lui a fait une jupe écossaise qui lui allait à ravir, avec un petit tablier blanc à carreaux. Bon dé¬jeuner : poulet, carottes, gâteau au chocolat avec huit bougies. Tout le monde très heureux ; oubli momentané des soucis. Ce soir, au roll call, l’officier du jour tonitrua devant les monitors et supervisors alignés sur un rang. L’in¬terprète annonce que le « curfew » aurait lieu à 7 heures au lieu de 8, et que le total black out serait en vigueur dès 8 heures. De fait la dernière nuit avons été réveillés par éclatements isolés de bombes (?), où Anne m’attendait avec inquié¬tude. L’alerte a continué toute la nuit. D’où total black out et vu l’impossibilité de cuire de nuit, ce matin le mush a été remplacé par un « hard tack » (biscuit dur). Première fois que l’alerte est si longue. Ce matin les avions encore là, mais assez calme.

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Le moral remonte un peu, la question nourri¬ture passe au deuxième plan. Hier toutefois on a publié un message de Noël de la Croix-Rouge américaine et canadienne. Est-ce l’annonce de la prochaine distribution des kits ? Ceux-ci sont à Manille, mais quand nous seront-ils donnés ? Pour le moment on parle des bons repas passés, de la bonne chère future, et la nuit, à plusieurs reprises, ai rêvé des restaurants et de menus raf¬finés ! Cependant je me sens bien, quoique les jambes fatiguées.
Aucune nouvelle. Isolement complet. Les nouveaux raids sont-ils le prélude de nouvelles opérations aux Philippines ? Il me reste quatre cigares et six cigarettes ! Il est temps que Camel et Lucky arrivent. Osmond mort la semaine dernière ! Béribéri, dysenterie, épuisement ! A laissé plusieurs boîtes de conserve dont deux boîtes de lait en poudre. S’il avait été moins ladre et qu’il se soit décidé à les manger il y a trois semaines, peut-être aurait-il tenu le coup ! Vic¬time de son avarice. Service religieux à la cha¬pelle de l’hôpital. Une dizaine d’assistants. Prêtre canadien officiait, parlant du défunt mené au paradis par une troupe d’anges. Le pauvre Osmond, quelle vision ! Avec sa canne, son air hargneux ! Pauvres anges surtout. Requiescat… Bretenoux très maigri et paraissant abattu.
16-12-1944. Le raid continue. Quarante-huit heures maintenant. Plusieurs bruits de bombes cette nuit et de mitrailleuses. Peu d’avions. Sur¬veillent Manille comme des vautours surveille¬raient leur proie, tournoyant sans cesse… On parle naturellement de débarquement dans le Sud. Il semble certain que quelque chose se pré¬pare pour que les Américains cherchent ainsi à neutraliser Manille. En attendant, pour nous, nouvelles difficultés pratiques. Hier nous n’avons pas eu de rnush, aujourd’hui il ne sera prêt qu’à 8 h 30. Impossible d’entendre le haut-parleur, cassé. Enfants nerveux, surtout Nicolas que la moindre contrariété fait fondre en larmes. Le soir pas de lumières bien entendu et nous nous couchons à 8 heures. Temps magnifique mais strictement interdit de quitter le shanty, même poür étendre du linge ou scier du bois. Noël approche.
18-12-1944. Toujours air raid. Mais aucun avion depuis avant-hier soir. Es ne doivent pas être loin. Beaucoup de rumeurs, naturellement. Débarquement à l’île de Polillo, en divers points de Luçon, à Mindoro. Ces derniers seuls parais¬sent exacts, ce qui est déjà beaucoup. L’optimisme revient et Kay, venu nous rendre visite hier soir, nous a dit comme nous nous y atten¬dions : « Isn’t it wonderful. » Les conditions d’air raid rendent tous les mouvements à l’inté¬rieur du camp difficiles. Hier dimanche avons mangé poule blanche. Exquis déjeuner avec salade talinum. Le soir bouillon et sandwich de orbingle (sic) avec tranche de poulet froid. Mais la nuit j’avais aussi faim que d’habitude. Tika très maigre et toujours affamée, la pauvre. Ai jambes fatiguées et ai passé mauvaise nuit.
24-12-1944. Noël est là. Un violent orage aussi à cette heure-ci (3 h 30) ce qui est surpre¬nant. Second Noël au camp ! Anne a passé sa journée d’aujourd’hui à préparer le réveillon et le repas de demain. Ce matin, après le mush, j’ai tué le petit canard, celui qui est né au shanty, couvé par une mère poule. Quoique de taille suffisante, il était maigre, le pauvre. L’ai ensuite plumé, tandis qu’A. faisait un gâteau pour de¬main usant épluchures de quelques pruneaux, de la canelle et du « clove ». Puis cet après-midi cuisson de canotes (cueillies par moi au jardin du camp ! en douce), dont une partie sera en salade pour ce soir, et l’autre farcie et accompa¬gnera le canard demain.
Ration diminuée à nouveau, depuis occupa¬tion M. Suppression de riz à déjeuner. Conti¬nuerons à cuire cependant mordant dans nos réserves de riz et de cassava.
La YMCA nous a envoyé quelques sacs de sucre, de haricots, des cigares et cigarettes ! Attends le tabac avec impatience, car suis à court depuis deux jours. Hiers les Japs ont fait inspection de l’hôpital et Main building (military police). Anne coincée à l’hôpital pendant près de deux heures. A la recherche de matériel de radio, paraît-il. Guilbert en prison depuis hier ! La vis se resserre. Une partie des cadeaux de la YMCA a été refusée par les Japonais.
Hier matin, magnifique survol par formation quadrimoteurs américains escortés par des chas¬seurs. Merveilleux spectacle. Les appareils bril¬laient comme du verre sous le soleil. Cris de joie et d’admiration. En chemin sur Corregidor (?). Dans la nuit, quelques bombardements par avions isolés. Vais chercher mes cigares !

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