ANNÉES DE GUERRE AUX PHILIPPINES 1941-1945 (LXIX)

Dimanche 11-2-1945. Hier mauvaise journée. Une douzaine d’obus japonais dans le camp, surtout zone shanties. Notre district en particulier. Etais monté au 4e étage du building pour avoir vue de la ville en partie détruite. Un soldat m’en chasse à peine arrivé, et me conseille de baisser la tête car des obus, qui nous sont destinés, sifflent très près. Je redescends pour trouver halls et passage de l’arrière du building littéralement combles d’internés. Chaleur, étouffement, grosses détonations proches, nervosité. Reste là une heure, inquiet d’Anne. Profite accalmie pour aller shanty. Retrouve Anne et enfants au shelter.

Des obus sont tombés à moins de 50 m. Nos voisins sont réfugiés au building. Je ramasse nos ustensiles de couvert et ramène tout le monde au building. Nous y trouvons, au milieu foule compacte, une Française, Mme Larien. Habite maison Bachrach à Santa Mesa avec Mme Le Rouget et famille. Nous parle de l’assassinat L. R., qu’elle nous confirme avoir été commis par des Japs à coups de sabre. Ne sait si pour raisons politiques ou autres. De toute façon nous apprend que L. R., flairant le vent, avait récemment tourné casaque, reconnaissant qu’il s’était « trompé », invitant tout le monde à écouter la radio américaine, ayant été, paraît-il, jusqu’à écrire une lettre de repentir au général de Gaulle ! Allons tous nous asseoir sous dining sheds, l’accalmie persistant. Mme L., bien française, avec yeux bruns vifs et parler clair, est sympa. Nous offre confiture et œufs durs ! Elle n’a pas encore retrouvé son mari. A sa recherche.

Elle apprend qu’il a été blessé le matin même. Anne l’emmène toute émue à Santa Catalina. Reste avec enfants. Anne de retour. Revais au shack. Vois en passant Adolphe Islanian, maigri, le teint brûlé, des cicatrices aux jambes, tout frais rescapé de pénibles journées : les Japs s’étaient retranchés dans sa maison devenue la cible des Américains… Tout bien fini. Mais pas de nouvelles de son frère Georges, resté sur la rive sud du Pasig où on se bat maintenant. On dit que Japs commettent atrocités, tuant les Blancs, faisant tout sauter, etc. Déjeuner excellent avec pain et beurre. Mme L. rassurée sur son mari, obtient sa part, sans aucune difficulté. Après déjeuner queue interminable pour avoir cigarettes, tabac, chocolat. Sans ticket, de sorte que les uns sortent poches pleines et les autres mains vides. Las, retour au shack où tout est calme. Dînons tard, quelque peu exictés et nerveux. Après dîner, nouvelles détonations d’obus japs. Obligés d’installer les enfants au shelter. Essaie de dormir sur un fauteuil à entrée du shelter, mais finis par aller dans mon lit où je dors presque d’une traite. Aujourd’hui dimanche, plus calme, quoique toujours canons japonais tirant de temps à autre, aujourd’hui, assez loin du camp. Mangeons trop, estomac lourd. Lis revues américaines. Tirs assez constants.

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Un avion de police américain, vrai petit jouet, lait des tours au-dessus de la ville. Le camp présente spectacle extraordinaire. Travailleurs philippins, lavanderas, cuisiniers chinois… blessés : soldats, civils, philippins… popotes, toiles de tentes, 200 army nurses, impeccables, fraîchement arrivées par avions, voitures de pompiers, camions, « jeeps », tanks, cuisine des internés, queues, réfugiés internés évacués des chambres bombardées ou de shanties démolis couchant dans les passages, dehors, le long du mur du building à l’arrière — détonations presque incessantes, les unes très fortes et qui font sursauter, les autres lointaines, sifflement des obus qui passent au-dessus du camp du Nord (Américains) vers le sud (Japonais). Les soldats, grands, gras, souriants, brunis, les yeux clairs ; les latrines construites de bambou dans les vegetable gardens au milieu du talinum. Les pauvres internés ne croyant pas encore à leur bonheur, toujours aussi squelettiques mais radieux. La Croix-Rouge distribuant bonbons, lettres, chewing-gum… Avec tout ce désordre apparent une organisation magnifique. Au moment où on croit qu’il n’y a plus d’eau, celle-ci surgit. Les repas sont servis sans retard et exquis. Les magazines sont distribués… des nouvelles régulièrement données à 11 h 30 le matin.

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