ANNÉES DE GUERRE AUX PHILIPPINES 1941-1945 (LXV)

Lundi 8-1-1945. Mal dormi. Ronflement de moteurs. Les Japs du bureau toujours ici ce matin mais leurs bagages faits. Les Japs paraît-il sur le point d’évacuer la ville, nous laisseraient avec un piquet d’une dizaine d’hommes. Le camp aurait pour quinze jours de riz. Les Américains auraient débarqué en plusieurs points de Luçon, mais on n’a encore rien de sûr. Toujours signal d’air raid. Plus de travail au jardin et je fais la grasse matinée jusqu’à 7 h 30. Difficile de réaliser que tout est sur le point de finir, tant il fait calme et tant la routine de la vie de camp est difficile à changer.

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9-1-1945. Après petit déjeuner (Bretenoux) et visite d’une trentaine d’avions (hier l’un d’eux a été pulvérisé par un antiaircraft — un gros quadrimoteur dont les multiples fragments ont pris longtemps pour redescendre, ce qui a quelque peu consterné le camp), annonce à la radio que pour « éviter bloodshed » les Japs du camp, y compris le commandant, avaient décidé de s’en aller, mais que la décision avait été remise, qu’ils restaient donc pour veiller à notre sécurité, que Manille était pratiquement vidée de toutes ressources alimentaires, mais que le commandant and his staff promettaient de faire tout ce qu’ils pouvaient pour nous aider. L’annonce fut répétée deux fois et tout le monde est bien optimiste. Le premier résultat a été que les Japs ont vidé le « Japanese food bodega » de riz et que la réserve du camp en a été d’autant diminuée. D’après les rumeurs le journal japo¬nais aurait mentionné San Fernando (La Union, au nord à 60 km de Bagno) et deux points au sud de Manille comme points de débarquement. Grosses explosions du côté du port aujourd’hui. Les Japs détruisent. A l’heure de la sieste drame de ménage dans le shanty d’en face : Maxie et un de ses amis (un grand diable) ont mis Mme Maxie à la porte du shanty, jetant son lit et quelques maigres frusques par la fenêtre. Elle pleurait, empoignant bakios et lampe pour les lancer à la tête des deux hommes. Matinées fraîches. Soirées encore lourdes. Anne et moi nous asseyons derrière le shanty, essayant d’en¬visager l’avenir, cet avenir si plein d’inconnu. Première chose sera de manger et de recevoir de l’argent. Pour déjeuner ai acheté trois petites aubergines pour P 10 (PI) soit 5 us $, soit 125 F, soit 1 P !
Les Japs dans un dernier geste de générosité font aujourd’hui une distribution de tabac, cigares et cigarettes.
Jeudi 11-1-1945. Merveilleuse journée. Confir¬mation absolue de débarquement au N. de Luçon (Damortis). Continuation des explosions de mines destructrices de la zone du port par les Japs. Survol, à midi, par deux avions améri¬cains à très basse altitude. Cet après-midi, bom¬bardement, une fois encore, de Grâce Park, par neuf avions volant assez bas, sans DCA. Atmosphère de fête. Sourires. Les gens d’en face ont une « party » avec gramophone, et « Over there » sans cesse. A déjeuner avons ouvert boîte corned beef D’autant plus heureux qu’hier soir me sentais quelque peu inquiet vu la contradiction des rumeurs et l’absence de toute nouvelle digne de foi. Pas d’électricité hier soir et inquiétudes au sujet de l’eau et, à la tombée de la nuit, Anne et moi avons été remplir tous les contenants disponibles à la fontaine du jardin potager du camp, malgré nos jambes fatiguées.
Les Nips nous fichent une paix royale, et au moment du dernier raid les fenêtres de l’Educa¬tion building étaient noires de monde et bruis¬santes de murmures exclamatifs. Plus de roll call pour les shanties depuis vendredi dernier. Seulement le « wet weather routine » pour la forme. Plus de travail au jardin naturellement, et je fais chaque jour la grasse matinée, laissant à cette pauvre Anne le travail du breakfast. Les gosses ne parlent que nourriture, lignes, menus, et la dernière question de Sébastien le soir avant de s’endormir est de savoir s’il y aura du coconut milk le lendemain (il n’y en avait pas ce matin et je doute que nous en aurons avant la fin).
Dimanche 14-1-1945. Calme relatif tous ces derniers jours. Si ce n’est continuation des destructions opérées par Japonais accompa¬gnées d’explosions plus ou moins fortes et plus ou moins lointaines, et de lueurs qui, la nuit, par moments paraissent embraser tout un coin du ciel. Raids intermittents chaque jour. Peu de DCA. Avec cela des orages, de fortes mais courtes pluies. Ai repris le travail au jardin, mais en amateur. Malgré la fatigue de cette activité matinale à jeun, je crois que cela me fait du bien. Anne a passé tout son dimanche à faire des « hard tacks », sorte de biscuits de secours. Nous y avons employé quasi toute notre réserve de riz. Mélange de farine de riz, de maïs et de cassava, avec margarine. Les Japs du bureau sont toujours ici, même depuis hier, d’autres arrivent du quartermaster nip¬pon. Je me demande si et quand les troupes japs vont évacuer Manille. Pas de nouvelles authentiques si ce n’est celles entendues par la radio japonaise des maisons voisines du camp. Les Philippins ordonnés de faire réserves d’eau et de bois – formation d’une force de police philippine sans doute pour faire régner l’ordre lorsque les Japonais seront partis. Le débar¬quement se serait effectué sur une large échelle : 600 transports, 400 000 hommes, peu de pertes. Aucune confirmation officielle de débarquements dans le Sud (Batangas), quoiqu’il en soit toujours question et que la rumeur en persiste. Nourriture toujours aussi moche. Plus de canotes depuis quelques jours, par contre du maïs. Notre ration de riz non cuit du petit déjeuner (75 g par repas) doit nous faire pour le déjeuner également, mais nous tenons et avons ouvert chaque jour une boîte de conserves.

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