ANNÉES DE GUERRE AUX PHILIPPINES 1941-1945 (LXVI)

Vendredi 18-1-1945. Rien de très nouveau. Attente pénible. Physiquement bien fatigué et le moindre mouvement un effort. Nous couchons à 8 heures. Et je dors deux heures la sieste. Je retravaille au jardin faire la récolte de talinum et de canote tops ce qui me donne l’occasion de rapporter souvent pig weed, wild calitus, canote tops et autres délicatesses végétariennes qui supplémentent tant nos maigres repas. Le soir la ligne nous offre depuis trois jours un bon stew de maïs, soya, et canote. Mais notre breakfast est assez minable, car notre ration, que nous prenons non cuite, doit nous servir également pour le déjeuner. Anne est épatante et réussit à faire de bons plats avec quasi rien. La fastidieuse cérémonie de l’appel a également repris. Ce soir, Anne et moi, pour changer un peu, prendrons notre « dîner » à l’appel. Avant-hier, Shiraji en colère contre une femme de notre section qui, malade, s’était assise pendant la demi-heure qu’a duré cet appel exceptionnellement long. Il s’est mis à vociférer et l’a fait appeler. Ses explications l’ont toutefois satisfait, car il l’a laissée aller se rasseoir. Beaucoup de rumeurs : Tarlac ? S. Fernando (Papamgao) ? Nouveaux débarquements près de Batangas ? Celle-ci est la dernière. Rien de sûr. Mais le convoi du Nord doit tout de même se rapprocher un peu chaque jour et avec lui les trucks loads de corned beef, beans, cheese and milk. Hélas, nous en sommes tous au niveau des bêtes ou presque. Les uns copient les menus les plus affriolants, d’autres comme moi voient dans leurs songes passer des gâteaux croulant sous le sucre, d’autres enfin (mon voisin espagnol) met la main sur tous les chats du voisinage et en fait une fricassée. De l’activité aérienne constante aujourd’hui, mais assez lointaine du côté de Marikina. A Manille même les avions n’ont plus rien à faire puisque les Japonais eux-mêmes ont tout détruit de leurs installations. Encore un peu de patience. Froid, ciel couvert, vent, pull-over.

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Lundi 29-1-1945. Rien nouveau. Attente bien pénible. Plus de trois semaines depuis le débar-quement, et ce fameux dimanche où les Japonais ont prématurément plié bagages, nous donnant ainsi l’illusion d’une délivrance très prochaine. Les seules nouvelles authentiques : que nous avons atteint Angeles et Fort Statsenburgh, et qu’il y a eu d’assez vifs combats, tel village changeant trois fois de mains. Pour ne pas être déçu et ménager mes nerfs je me suis persuadé que nous en avions encore pour quatre semaines (au max.) ce qui, à y réfléchir, est bien peu. Les journées passent très vite. A 6 h 45 je me lève, vais au sw territory, titubant sur des jambes affaiblies, aide à la récolte du talinum ou des « canote tops » sous l’œil vigilant de Dingle, toujours actif et toujours barbu. Vers 8 h 30 on nous donne l’autorisation de récolter pour nous-mêmes et les « bayones » se remplissent en un clin d’œil. Retour au shanty où les enfants ont généralement achevé leur breakfast. Je prends le mien qu’Anne fait un peu plus volumineux. Me repose sur mon fauteuil ensuite, en aidant à l’épluchage des légumes. Anne se tape tout le gros du travail, lavant légumes, linge, allumant le feu, l’attisant sans cesse, préparant une bonne soupe de légumes suivie de riz accompagnée soit d’un peu de corned beef, soit frit en pilaf ou à la chinoise. Elle arrive à faire des merveilles. Sieste jusqu’à 3 heures. De 3 heures à 4 heures bouquine au shanty ou à la biblio-thèque, lorsque j’ai le courage de me déplacer. Puis les enfants reviennent de la ligne, claironnant le menu (ragoût de maïs et soya beans). Anne les fait dîner, tandis que je vais chercher de l’eau (dure corvée), fais les lits, puis vais à la douche. A 5 h 30 roll call auquel tout le monde maintenant est tenu d’assister et nous y allons Anne, Tika, Sébastien et moi. De dix à vingt minutes debout au soleil, à attendre que les supervisors et chefs de chambrée se soient mis d’accord sur le compte. Rentrée au shanty. A. prépare une petite salade de légumes, son mush du lendemain et nous dînons tranquillement tandis que les gosses sont à jouer. A 7 h 45, les « nouvelles » ; les enfants prennent leur souper qui consiste d’une portion de leur dîner plus un « hard tack ». Anne et moi nous asseyons au jardin ou sur les marches de l’escalier, regardons la lune monter lentement et illuminer peu à peu les feuilles de bananiers et les toits des shanties.

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Beaucoup de « bruits » au propre et au figuré. Raids aériens tantôt sur la baie, tantôt du côté de Marikina. Destructions continues opérées par les Japonais, parfois si violentes qu’on en sursaute. Enfin, le soir, comme un bruit de duel d’artillerie à environ 30 km d’ici, avec lueurs visibles de l’Education building, ce qui la première fois nous avait comblé d’aise. Peut-être ne s’agit-il que d’exercices… En tout cas rumeurs persistantes quoique non confirmées de débarquement au sud, d’avances vertigineuses au nord, de looting en grande échelle à Manille, sur les conditions précaires au-dehors. Le tout, de rester imperturbables et à peu près en bonne santé. Malgré piqûres de thiamine, ma figure et mes chevilles sont un peu enflées, et je me sens fatigué à mourir dès qu’il faut faire un mouvement… Temps encore unsettled ce qui est surprenant. On dit que c’est dû aux explosions et aux bombes.

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