ANNÉES DE GUERRE AUX PHILIPPINES 1941-1945 (LXXI)

18-2-1945. Première sortie en ville ce matin. Passe pour deux heures obtenue sans formalités. Retrouve impressions de soldat en permission. Devant le camp, attroupement de Philippins, métis, Européens = curieux, anciens domestiques, amis, marchands ambulants… Calle Espana, petites boutiques de sari/sari ouvertes : cacahuètes, bonbons, œufs, canotes…, camions, véhicules militaires. Pas de carratellas. Pas l’impression de misère complète, ni de famine. Les rares passants n’ont pas l’air affamés. Azca- nagua : immeubles détruits. Murs aux trois quarts effondrés, masse de tôles calcinées et débris. Poteaux télégraphiques et fils téléphoniques à terre. Stations d’eau établies par Américains en divers points (grandes bâches, citernes). Ryal Avenue : blocs entiers détruits. Des bazars hindous naguère bien achalandés, il ne reste que des décombres. Ruines de Pompéi. La rue Raon méconnaissable. Un poste de police ferme l’accès de l’Escolta. Eglise Quiapo intacte au milieu des ruines. J’arrive à celle de San Sebastien à la sortie de la messe. Gens propres, bien mis, Philippines élégantes avec leur petit mouchoir brodé sur la tête. Très chaud. Poussière, saleté. Achète œuls à 50 cts pièce ; deux branches oignons verts contre trois Chesterfield.

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19-2-1945. Cet après-midi bruit des bombes sur la « Walled City ». Pratiquement le seul point de la ville où les Japonais tiennent encore, fortement retranchés derrière les épaisses murailles construites du temps des Espagnols. Un ultimatum leur a été fait hier, mais ces satanés Japs l’ont rejeté. Aussi vont-ils prendre quelque chose. Malheureusement beaucoup de Philippins vont périr avec eux, car les Japonais les empêchent de sortir. Chaque jour on apprend la mort de nouvelles personnes : la lemme et les deux enfants de Ita Katz. Hier soir cinéma : entrée à Paris des troupes de Gaulle et américaines. Batailles de rues entre FFI et Boches. De Gaulle salué par vifs applaudissements. Prises de Corregidor et de Bataan confirmées. La marine, les convois et peut-être le rapatriement ne tarderont pas. Exquise omelette aux œufs achetés hier. La première depuis des mois. Au menu à déjeuner : macaronis au fromage, tomates, poires, pain et beurre. Exquis. Tout cela pour 7 000 personnes environ ! Ai gagné 5 livres. Mais les queues sont interminables, rançon de la multiplicité des plats et de l’augmentation de notre population, augmentation de • qualité inférieure : beaucoup de familles philippines, de mestzos et d’Européens naguère nazis, aujourd’hui pro-américains. L’is nous a demandé de reporter tous ceux des internés qui auraient aidé l’ennemi au cours des trois dernières années. Chaleur, vent, poussière, odeurs nauséabondes du vegetable garden, maintenant parsemé de latrines non comblées qui ont poussé comme des champignons au milieu des plates-bandes de talinum.

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22-2-1945. Premier convoi de rapatriés part tout à l’heure. En avion pour un port des Philippines, puis bateau. Chaque jour, a-t-on annoncé, un départ similaire se fera. On n’a prévenu les intéressés qu’à 8 heures ce matin en les priant d’être prêts à midi. 50 lbs de bagage. Si tout va bien… d’ici dix jours… ai décidé d’aller demain chez Gruenfeld chercher effets à emporter. Ruth Grusli partie avec son petit garçon. De ce côté-là, donc tout va très bien. Par ailleurs, on se bat toujours en ville. Les Nips tiennent toujours la Walled City et divers autres points au sud du Pasig. Les tirs d’artillerie continuent, nous faisant sursauter pendant la nuit. Quelques nouveaux obus sont tombés sur le camp, un avant-hier soir, touchant la tour, deux autres ce matin ne faisant pas de victimes. Depuis avant-hier on a ordonné le black-out complet. Plus de cinéma, bien sûr. Deux nuits de légère fièvre, frissons, suées, comme un peu de paludisme à quoi s’ajoute un peu d’indigestion. Nous avons peine maintenant à manger nos rations.

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