ANNÉES DE GUERRE AUX PHILIPPINES 1941-1945 (XV)

24-1-1942. Fête d’Araxia.
A. est partie à 4 h 15. Elle habite une grande maison mal meublée à Santa Mesa. Je reste seul… avec la vieille Dona Angela ! J’ai préparé moi- même mon dîner, des œufs brouillés aux tomates, du riz, des bananes ! La maison semble vide. Impression de solitude, la première fois depuis cette année. Il me reste la TSF, la cuisine et les visites à Santa Mesa. Mais ce ne sera pas la même chose, plus jamais. Nous avons, en ces temps de calamité publique, eu l’un et l’autre des jours parfaitement heureux. Revenir en soi — c’est pénible.

Hier après-midi été au Consulat. L. R. très chic, moi troublé, très « petit enfant » ! Il me montre une petite note, dans le journal, au sujet des citoyens des pays belligérants. Mon tour de Santo Tomas viendra. Le plus tard, le mieux. Mais rien de précis encore. Plus de trois semaines de liberté — et trois semaines si« riches » pour moi.

Les Japonais avancent toujours sur Singapour. L’USAFFE résiste encore dans la presqu’île de Bataan. Si Singapour est pris, la paix avec le Japon ne serait-elle pas préférable ? L’Amérique pourrait concentrer tous ses moyens contre l’Allemagne…
25-1-1942. Eté ce matin voir A. B. à peu près installée maintenant. En revenant sur la route
— très large — qui mène à Manille, un long convoi japonais arrive et s’arrête. Douze chars en tête, cinq ou six camions remplis de soldats, puis des motocyclistes… Ce n’est sans doute que la tête d’une colonne beaucoup plus importante. Les chars sont puissamment armés — un canon léger, deux ou trois mitrailleuses. Beaucoup d’ordre. Le convoi s’arrête, les officiers se rassemblent en silence. Je me souviens de Kratié, de la pagaye qui régnait dans notre cher 2′ bataillon.

Tous les cochers des carratellas me disent, sans que je leur demande quoi que ce soit, que la vie est devenue très dure pour les Philippins – et qu’ils espèrent que les Américains reviendront un jour. Et, en lait, pour les Philippines l’occupation américaine aura été un âge d’or. Beaucoup de gentillesse dans le peuple philippin — qui comprend aussi, il faut le dire, un grand nombre de voyous et de filous.
Le riz est moins rare. Le rationnement est suspendu — et la nouvelle récolte a été, paraît-il, excellente.

A voir: Voyage Vietnam 15 jours | Croisière sur le Mékong | jonque halong cat ba |  circuit vietnam 18 jours | excursion 3 jours ninh binh | circuit viet nam cambodge 16jours | Circuit Vietnam authentique |

Les Américains laisseront un bon souvenir, car la guerre, n’ayant duré que trois semaines, n’a eu que des effets très limités sur le coût de la vie jusqu’à l’arrivée des Japonais. Mais aussitôt ceux-ci arrivés, les prix ont doublé. Mon cocher me demandait si j’avais eu des nouvelles, espérant de toute évidence apprendre que les Américains revenaient ! Il y a des bruits de ce genre qui se répandent de temps à autre — sans le moindre fondement bien entendu.

27-1-1942. Nuit mouvementée. Dîner chez A. Le « curfew » étant reporté pour la première fois de 8 heures à 10 heures. Nous prenions le frais sur la terrasse lorsque, vers 9 heures, nous entendons une explosion suivie peu après du bruit d’un moteur d’avion. Nouvelles explosions, une ou deux rafales de mitrailleuse, chiens aboyant de tous côtés dans la nuit. L’obscurité est striée d’un rayon de lumière rouge. A. et moi, nous nous regardons, interloqués, et nous mettons à rire disant que nous n’en avons pas fini.

Nul doute, il s’agit d’un avion américain profitant du clair de lune et espérant surprendre les Japonais. Je ne vois pas très bien ce que les Américains peuvent espérer de raids qui ne pourront pas être répétés indéfiniment, faute de moyens, et qui risqueront de déclencher des représailles de la part des Japonais sur les 5 000 internés de Santo Tomas.
Je quitte A. B. à 9 heures 15, et rentre à pied à Santa Ana où j’arrive à 10 heures juste, sans avoir rencontré âme qui vive tout le long du chemin, éclairé par la lune. Vers 11 heures nouvelles bombes, accompagnées de détonations provenant de la DCA japonaise. Les détonations sont nombreuses, paraissent provenir de tous côtés. Les avions volent bas, passent juste au-dessus de la maison. La vieille est affolée.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*