GUERRE D’INDOCHINE CONTRE LE SIAM 1940-1941 (II)

Longue file bigarrée de camions militaires -Ford — un par compagnie en principe — d’autobus blancs de la Compagnie saigonnaise des Transports — de divers camions particuliers réquisitionnés — des voitures personnelles des officiers. Tout mon monde casé, y compris les chevaux de la 5e, nous voilà en route ; je suis dans la Ford de Bertin qui commande la CMA du 21e bataillon. La vieille Peugeot suit. A peine franchi le double pont de Bien Hoa dont j’entends encore le bruit régulier des roues à chaque jointure des longues planches — nous trouvons un premier camion dans le fossé. Les chauffeurs annamites au-dessous de tout. Pour comble de malheur le camion était chargé des chevaux de la CMA dont deux ne purent être retirés qu’après un quart d’heure d’efforts. A Thu-dau-maut, premier arrêt et nous en profitons, Bertin et moi, pour prendre un petit déjeuner copieux au bungalow. Le voyage continue lentement. Route que je connaissais bien, Cette route de Kratié, jusqu’à Honguan en tout cas. Rizières d’abord — puis les diverses plantations des Terres Rouges, Xacam, Xacat, etc. A Xacam j’entrevois, sur le bord de la route, Barbara M. qui ne me voit pas. Vers 11 h 30, Bertin, au volant, en dépassant un camion se met tellement sur sa gauche qu il monte sur le talus, fait éclater ses pneus – et amoche sérieusement la voiture qu’il avait achetée peu auparavant. Voici qui augure mal. Il est en colère contre le camion qui ne s’était pas assez rangé sur sa droite. Toute la caravane arrêtée, peu après Honguan, au centre de Locninn, sur la route qui, à cet endroit, serpente à flanc de coteau, bordée des deux côtés d heveas à perte de vue, arbres magnifiques, âgés déjà. Flaques de lumière crue ça et là sous leur ombrage. La colonne est très longue. Commandée par le personnel du détachement auto-monte sur moto (?). Je retrouve ma compagnie, mes chevaux. Veille au repas des tirailleurs. Je déjeune avec les autres à l’ombre d un hevea. Forte chaleur malgré l’ombre. Puis coup de sifflet, tout lé monde en place – mais la colonne ne bouge pas. Attendons ainsi plus d’une heure après l’horaire. Parce que, paraît-il, le chef de batail- lon, le pauvre Marion et ses adjoints avaient été déjeuner chez un planteur ou un administrateur et s’étaient attardés.

Repartons enfin. Je suis dans la Peugeot, assez loin de la queue de la colonne. Route plus étroite, plus mauvaise. Empierrement dans un sol rouge fait place au goudron — foret — foret dairière — une poussière peu croyable, ma torpédo est couverte d’une couche épaisse. Elle pénétrait dans mes yeux protégés de verres noirs qu’il me fallait nettoyer à tous moments, dans la bouche et par le dessous de la voiture à travers le pédalier, de telle sorte qu’en retirant mon pied d’une pédale, il soulevait lui aussi un nuage de poudre rousse. A chaque fois que je double un camion il y a un moment angoissant car plus je m’approche et moins je vois. Au moment précis où je vais sur ma gauche je suis aveuglé par une poussière rouge si dense que le soleil ne la perce pas. Je ne sais pourquoi je voulais arriver parmi les premiers à Kratié. Il m’a fallu doubler presque toute la colonne, Finalement, arrivée à Kratié chef-lieu de province, une de ces villes paresseuses, au bord d’un fleuve large, paresseux lui aussi. J’y avais passé le réveillon de Noël en 1937 avec Baumé, au cours d’un rapide voyage à Pakré Paksong. Le QG de notre bataillon — le bungalow — où je me souvenais des fêtards du réveillon qui nous avaient empêchés de dormir trois ans plus tôt. La soupe des tirailleurs devait être servie au marché — et c’est là également que mes hommes devaient y passer la nuit. Je trouve au marché une grande pagaye. Le capitaine La Caille, de la 7e compagnie, arrivé plus tôt, s’était saisi du riz qu’on venait de distribuer pour le répartir entre ses hommes, sans attendre que les autres compagnies fussent là. Un retard de l’administration civile à qui avait été confié le soin de préparer la soupe pour tous les hommes compliqua les choses. Les commandants de compagnie, La Caille, le représentant de l’administration, tout le monde avait son mot à dire. Finalement, comme toujours, tout s’arrangea. Et je pus enfin regagner le bungalow, sale, couvert de coups de soleil qui me tiraient la peau, fatigué, énervé par le voyage et l’attitude de La Caille. Presque tous les officiers étaient en train de dîner déjà, gaiement avec appétit. Après une bonne doucbe, je les rejoignis, pour aller, tombant de sommeil à mon tour, [me coucher peu après]. Vers 1 heure du matin, ce satané Auray, adjoint à Marion, me réveilla pour me donner les ordres de départ. J’eus beaucoup de peine à m’éveiller, et ce n’est qu’après qu’il se fut sérieusement fâché (il prenait son rôle très au sérieux -> nature râleuse) que j’ouvris les yeux pour de bon et que je fis un immense effort de volonté pour fixer mon attention sur le bout de papier qu’il tenait à la main. Cet ordre modifiait celui donné la veille au soir, et il me fallait aller prévenir Valentin du changement, ainsi que les autres officiers de ma compagnie à qui avaient été assignés des logements « en ville ». Il faisait une nuit noire, je connaissais mal le patelin, j’étais encore endormi et il me fallait bien deux heures pour découvrir les chambres de Péret et Lieutaud, ainsi que l’endroit élu par Valentin pour y passer la nuit et qui se révéla être un camion vide, une ombre parmi tant d’autres.Longue file bigarrée de camions militaires -Ford — un par compagnie en principe — d’autobus blancs de la Compagnie saigonnaise des Transports — de divers camions particuliers réquisitionnés — des voitures personnelles des officiers. Tout mon monde casé, y compris les chevaux de la 5e, nous voilà en route ; je suis dans la Ford de Bertin qui commande la CMA du 21e bataillon. La vieille Peugeot suit. A peine franchi le double pont de Bien Hoa
dont j’entends encore le bruit régulier des roues à chaque jointure des longues planches — nous trouvons un premier camion dans le fossé. Les chauffeurs annamites au-dessous de tout. Pour comble de malheur le camion était chargé des chevaux de la CMA dont deux ne purent être retirés qu’après un quart d’heure d’efforts. A Thu-dau-maut, premier arrêt et nous en profitons, Bertin et moi, pour prendre un petit déjeuner copieux au bungalow. Le voyage continue lentement. Route que je connaissais bien, Cette route de Kratié, jusqu’à Honguan en tout cas. Rizières d’abord — puis les diverses plantations des Terres Rouges, Xacam, Xacat, etc. A Xacam j’entrevois, sur le bord de la route, Barbara M. qui ne me voit pas. Vers 11 h 30, Bertin, au volant, en dépassant un camion se met tellement sur sa gauche qu il monte sur le talus, fait éclater ses pneus – et amoche sérieusement la voiture qu’il avait achetée peu auparavant. Voici qui augure mal. Il est en colère contre le camion qui ne s’était pas assez rangé sur sa droite. Toute la caravane arrêtée, peu après Honguan, au centre de Locninn, sur la route qui, à cet endroit, serpente à flanc de coteau, bordée des deux côtés d heveas à perte de vue, arbres magnifiques, âgés déjà. Flaques de lumière crue ça et là sous leur ombrage. La colonne est très longue. Commandée par le personnel du détachement auto-monte sur moto (?). Je retrouve ma compagnie, mes chevaux. Veille au repas des tirailleurs. Je déjeune avec les autres à l’ombre d un hevea. Forte chaleur malgré l’ombre. Puis coup de sifflet, tout lé monde en place – mais la colonne ne bouge pas. Attendons ainsi plus d’une heure après l’horaire. Parce que, paraît-il, le chef de batail- lon, le pauvre Marion et ses adjoints avaient été déjeuner chez un planteur ou un administrateur et s’étaient attardés.

Repartons enfin. Je suis dans la Peugeot, assez loin de la queue de la colonne. Route plus étroite, plus mauvaise. Empierrement dans un sol rouge fait place au goudron — foret — foret dairière — une poussière peu croyable, ma torpédo est couverte d’une couche épaisse. Elle pénétrait dans mes yeux protégés de verres noirs qu’il me fallait nettoyer à tous moments, dans la bouche et par le dessous de la voiture à travers le pédalier, de telle sorte qu’en retirant mon pied d’une pédale, il soulevait lui aussi un nuage de poudre rousse. A chaque fois que je double un camion il y a un moment angoissant car plus je m’approche et moins je vois. Au moment précis où je vais sur ma gauche je suis aveuglé par une poussière rouge si dense que le soleil ne la perce pas. Je ne sais pourquoi je voulais arriver parmi les premiers à Kratié. Il m’a fallu doubler presque toute la colonne, Finalement, arrivée à Kratié chef-lieu de province, une de ces villes paresseuses, au bord d’un fleuve large, paresseux lui aussi. J’y avais passé le réveillon de Noël en 1937 avec Baumé, au cours d’un rapide voyage à Pakré Paksong. Le QG de notre bataillon — le bungalow — où je me souvenais des fêtards du réveillon qui nous avaient empêchés de dormir trois ans plus tôt. La soupe des tirailleurs devait être servie au marché — et c’est là également que mes hommes devaient y passer la nuit. Je trouve au marché une grande pagaye. Le capitaine La Caille, de la 7e compagnie, arrivé plus tôt, s’était saisi du riz qu’on venait de distribuer pour le répartir entre ses hommes, sans attendre que les autres compagnies fussent là. Un retard de l’administration civile à qui avait été confié le soin de préparer la soupe pour tous les hommes compliqua les choses. Les commandants de compagnie, La Caille, le représentant de l’administration, tout le monde avait son mot à dire. Finalement, comme toujours, tout s’arrangea. Et je pus enfin regagner le bungalow, sale, couvert de coups de soleil qui me tiraient la peau, fatigué, énervé par le voyage et l’attitude de La Caille. Presque tous les officiers étaient en train de dîner déjà, gaiement avec appétit. Après une bonne doucbe, je les rejoignis, pour aller, tombant de sommeil à mon tour, [me coucher peu après]. Vers 1 heure du matin, ce satané Auray, adjoint à Marion, me réveilla pour me donner les ordres de départ. J’eus beaucoup de peine à m’éveiller, et ce n’est qu’après qu’il se fut sérieusement fâché (il prenait son rôle très au sérieux -> nature râleuse) que j’ouvris les yeux pour de bon et que je fis un immense effort de volonté pour fixer mon attention sur le bout de papier qu’il tenait à la main. Cet ordre modifiait celui donné la veille au soir, et il me fallait aller prévenir Valentin du changement, ainsi que les autres officiers de ma compagnie à qui avaient été assignés des logements « en ville ». Il faisait une nuit noire, je connaissais mal le patelin, j’étais encore endormi et il me fallait bien deux heures pour découvrir les chambres de Péret et Lieutaud, ainsi que l’endroit élu par Valentin pour y passer la nuit et qui se révéla être un camion vide, une ombre parmi tant d’autres.

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