GUERRE D’INDOCHINE CONTRE LE SIAM 1940-1941 (X)

Retrouve commandant Pillot, et d’autres camarades — mais beaucoup d’officiers que je ne connais pas. Bien entendu Pillot ne trouve pas que nous soyons en retard. Un ou deux avions siamois survolent le camp avant le déjeuner, mais ne lancent pas de bombes sur les casernements. Quelques-unes sur le village. Popote très gaie. Le plus jeune lit le menu, donne l’heure exacte, souhaite un bon appétit, et termine par : « Et nom de Dieu, vive la Coloniale. » J’apprends ce qui s’est passé. De l’autre côté du Mékong, un de nos postes attaqué, Rougié grièvement blessé : transporté à Saigon. L’après-midi au bureau du commandant, assez loin en ville. Pillot m’explique la « défense de Paksé ». Désire qu’une de mes sections soit postée sur une rive de la Sé Don. En confie la tâche à Lieutaud qui va s’installer le lendemain. Je couche au camp dans chambre de Rougié (Paul) où sont encore ses affaires. Plusieurs alertes par jour, plusieurs bombes sur la ville, mais peu de dégâts. Boutiques des Chinois entrebâillées seulement… Lieutaud installé, essaie de descendre un avion, bien placé pour cela en contre-pente de la rive. Apprenons par télégramme la mort de Rougié à Saigon. Lourd silence. Je ne le connaissais pas.

12 janvier. Pillot me fait appeler. Me donne nouvelle mission. Avec deux sections sur la rive droite du Mékong à quelque 15 km de Paksé, en remontant vers frontière siamoise. Il veut que je construise un « poste » à Phone Thong — situé à 4 km du poste de Ban Don où se trouvent actuellement Bertin et Diaz.

Ce nouveau poste permettra de relever Bertin et sa compagnie, Ban Don n’étant plus occupé que par Diaz et deux sections (?). Pour hâter la relève, Bertin quittera Ban Don le jour même où j’arriverai…, en fait nous devons nous croiser face à Paksé d’où il regagnera Paksé par le même bac que j’utiliserai pour en sortir. Point de téléphone pour le moment entre mon nouveau poste et le bataillon.
Départ fixé pour 13 au matin. Partons à 5 heures par nuit noire. Traversons la ville endormie, embarquons. Longue traversée : remontée de la Sé Don jusqu’au confluent (10′) puis traversée Mékong dans toute sa largeur (20′). Etoiles. Le mouvement du bac fait qu’une étoile, paraissant bouger, ressemble à la lumière d’un avion ! Gratien croit qu’un avion siamois nous survole. Sur la rive opposée le jour se lève. Bertin est là, à nous attendre. Il m’amène chez un Père catholique, chassé depuis peu du Siam. Maison très simple. Large bibliothèque éclairée par mauvaise lampe. Ombres fantastiques. Il m’indique les moyens de correspondre avec lui (car il a le téléphone, et peut par conséquent transmettre les ordres du bataillon. Me donne un nom fictif à inscrire sur les messages que je lui adresserai…).

Bertin me donne les derniers tuyaux. Il dit qu’il s’attend à une attaque incessamment à Ban Don, me conseille d’entrer le plus vite possible en liaison avec Diaz, resté là-bas. Me met en garde contre la nervosité du garde indigène du village de Phone Thong. Puis nous nous séparons. Il regagne Paksé par le bac, tandis que j’embarque mes tirailleurs dans les camions qui l’avaient amené. (En fait, pas assez de place pour nous tous. Nous sommes trop chargés. Les camions devront faire un 2e voyage. Je laisse Gratien au village du Père français. Le jour se lève. Embarquons. Allons à bonne allure. Poteaux indicateurs : frontière siamoise 25 km…, 20 km…, 18 km, etc. Vers 8 heures arrivons à Phone Thong. Au moment où nous descendons de camion, près de garde indigène, survolés par avions. Camouflage rapide des camions, les tirailleurs se cachent sous les maisons laotiennes, entre les pilotis, les camions (civils, rouges) sous les cocotiers… Alerte de 45′ au moins. Le garde indigène a très peur. Engueule les tirailleurs qui parlent trop fort, pendant qu’ils cassent la croûte… Bertin ne m’avait pas trompé ! C’est un affolé ! Finalement les avions s’en vont, sans avoir lancé de bombes. Vol de reconnaissance. Nous ont-ils repérés ? Après leur départ, arrive 1er message de Diaz disant que son poste est attaqué par l’artillerie. Et de fait nous entendons un bruit sourd. Décide d’aller le voir. Prends une petite Ford — avec deux tirailleurs. En route. A 1 km de Phone Thong rencontre d’un tirailleur cycliste, affolé, brandissant un 2′ message par télégraphiste. Diaz demande que je lui envoie les camions d’urgence. Demi-tour, retour à Phone Thong. Ennuyé parce qu’un camion est parti chercher Gratien. Estime que Diaz se retire, et que ce qui s’impose d’urgence c’est de préparer hâtivement la défense de Phone Thong. Ravissant village laotien. Fleurs, cocotiers, maisons sur hauts pilotis à toits très inclinés. Une petite rivière, franchie par un pont, coupe le village en deux. Installe ma compagnie de part et d’autre de la route à l’entrée du village, du côté de Ban Don. Endroit dégagé, rizière, bon champ de lin. Donne également ordre au garde indigène qui me parle de sa « permission ». Un FM en batterie prend la route d’enfilade. Je m’attends à tout moment à voir arriver Diaz. Mais rien. Vers 10 heures Gratien arrive (je m’inquiétais à son sujet. Gros adjudant métis, lourd, pares-seux, lent). Les camions arrivent de Ban Don, mais vides. Diaz a commis l’erreur de me demander d’envoyer les camions. Dans son imagination il pensait que c’était toute ma compagnie qui viendrait. Il avait bien marqué dans son C/R que le commandant, avec qui il était en communication par téléphone, le lui en avait donné l’ordre. Toute l’équivoque de cette mal-heureuse journée vient de là.) Vers 10 h 30 arrive un ordre transmis par le Père *** écrit au crayon bleu : « Poste de Ban Don encerclé.

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