GUERRE D’INDOCHINE CONTRE LE SIAM 1940-1941 (XI)

Artillerie, chars, avions ennemis. Portez-vous immédiatement à son secours. » Rassemble tout le monde. (Très long. Les sections étirées. Certains éléments n’entendent pas les coups de sifflet). Rembarquons, laissant Lé Thong avec une section et commandement à Phone Thong. De nouveau, les bornes se succèdent. Bruit de fusillage. Descendons, abandonnons camions. Marchons en colonne par un, de part et d’autre de la route. Les balles se rapprochent, paraissent siffler au-dessus des têtes. Voyons des soldats courir dans le lointain. S’approchent. Entends voix Diaz. Sommes arrêtés. Arrive Diaz révolver au poing… Il est furieux, me reproche d’arriver trop tard. J’essaie de le faire taire : « Ah, non, mon lieutenant », avec son accent corse. Bientôt un sergent français dont la chemise kaki ruisselait de sang à hauteur de l’épaule. D’autres tirailleurs cambodgiens blessés… L’un d’eux s’évanouit.
Diaz continue à vociférer. Ne parviens pas à comprendre ce qu’il me reproche. Finit par me donner quelques renseignements. Plus de mille Siamois, quelques chars. Puis il s’en va, avec son monde, prend les camions qui nous avaient amenés. Restons seuls. La section Péret/Riel en tête. Gratien derrière. Sommes de chaque côté de la route. Obus d’artillerie éclatent pas loin. Avions nous survolent. Nous ne bougeons pas. Peu à peu les tirs cessent. Les avions s’éloignent, tout est silencieux, le soleil tape dur. A moi de décider ce que nous allons faire. Attaquer ? Rester en observation. Revenir à Phone Thong ? Tout plutôt que de rester sur place, en danger d’être cernés. Après quelques hésitations je dé-eide de revenir. Obligés de faire la route à pied. Les tirailleurs sont fatigués, la chaleur est accablante, la nervosité règne. Une heure de marche pour rejoindre Lé Thong qui a eu l’intelligence de préparer le repas. Nous rafraîchissons avec noix de coco. Les hommes reprennent leurs emplacements à la lisière de PT.
Vers 2 heures arrivent en formation d’approche deux sections commandées par Justin — avec Van Burren. En même temps — enfin — on nous met en communication téléphonique avec Paksé. Justin très« chef ». Vient examiner nos positions. Courte discussion sur mesures à prendre. Téléphone à Pillot pour lui demander ordres précis. « Faites ce que vous jugez le mieux », répond Pillot. Justin se fâche presque. Donne une fois de plus tous les renseignements à P., insiste sur la disparité des forces en présence… Finalement Pillot se décide, donne l’ordre de la retraite.
Ma compagnie s’en ira la lre, Justin assurant la « couverture ». Nous prendrons les camions qui ont amené Justin, et qui se trouvent à quelque distance de PT sur le chemin du retour.
Avant de partir, aidons à barricader le pont avec une charrette, pour retarder les véhicules siamois (oubli à PT d’une caisse de grenades VB ! Fis plus tard C/R à ce sujet. Me fut répondu que c’était impossible, car compte des grenades était exact !). En route à nouveau, marchant de cha-que côté du chemin poussiéreux à travers la forêt clairière. Gratien à gauche, s’écarte vers l’intérieur et au bout d’un certain temps je perds son contact. Je l’appelle à tue-tête, m’en vais à sa recherche, reviens l’appeler à nouveau, le traitant de tous les noms. Fureur, énervement, soif. Finalement il réapparaît, avec sa grosse face bête toute rougie par le soleil, congestionnée par l’effort. A ce moment, deux avions siamois nous survolent, descendent, décrivent des cercles au- dessus de nos têtes. Nous nous abritons de notre mieux. Suis caché derrière un arbre. Bruit de bombes toutes proches. Gratien me crie de cacher mes « bas » — une paire de bas autrefois kaki, maintenant blanche… Les avions s’éloignent, reviennent, virent sur notre tête, très bas… Boum… tac, tac, tac, tac. Sur la droite, Riel. Dans les moments de répit je l’appelle. Il répond que tout va bien. Finalement les avions disparaissent. Tout surpris que tout le monde est intact. Trouvons les camions tout près, dont les chauffeurs s’étaient enfuis. En fait les avions visaient les camions. Ils les ont manqués.
En camion l’air frais fait du bien. Derrière nous, du côté de la frontière le soleil se couche. Ce soleil qui avait éclairé une si mauvaise journée.
Arrivés à Muen Thong (?) en face de Paksé. Nous désaltérons avec ivresse. Le génie est là qui s’apprête à faire sauter un pont, lorsque Justin sera revenu lui aussi. La compagnie s’embarque sur bac. Je prends une espèce de canot plus rapide, et il me faut attendre sur l’autre rive que la compagnie débarque. Arrivons au camp à la nuit. Explosion. C’est le pont qui saute en face. Nuit mauvaise. Entends dans demi-sommeil le bruit des bombes.

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