GUERRE D’INDOCHINE CONTRE LE SIAM 1940-1941 (I)

Fin octobre 1940, premiers mouvements de troupe vers le Cambodge, pour protéger la frontière contre les incursions siamoises. A Bien Hoa (1), où nous étions cantonnés, longue période de faux bruits, au sujet de la date du départ du régiment et du lieu de notre destination. P. Geoffroy, toujours bien informé, grâce à son intimité avec le colonel Mennecy, finit par nous donner le tuyau exact : notre régiment serait envoyé sur les rives du Mékong, dans le secteur Nord, c’est-à-dire à cheval sur la frontière Cam- bodge/Laos. Sa mission était toute défensive, alors que les troupes envoyées au sud-ouest, dans la région de Battambang (2), étaient supposées devoir se livrer à des opérations offensives. Je suis sûr que l’état-major, Mennecy en tête, était décidé à « foncer », malgré l’absence d’aviation et de tanks. Geoffroy était le premier à s’exciter sur ces plans — et, au cours des dîners chez lui à Bien Hoa où étaient invités Mennecy et sa méridionale épouse, il parlait, sans badiner, de l’expédition sur Bangkok. Le bon Geoffroy, gras, la peau molle, la figure boutonneuse, avec son double menton. Un cigare aux lèvres, verre de whisky et soda à la main, il parlait sans cesse et, malgré son bégaiement, malgré son habitude de se gratter, sa verve, son esprit étaient tels qu’on l’écoutait avec joie. Sa femme et lui recevaient admirablement ; ils s’occupaient de leurs hôtes, chacun de leur côté — cherchaient à mettre à l’aise et y réussissaient par leur simplicité. Marise buvait les paroles de son mari qui la dominait complètement. Epouse, esclave d’un maître bon et qui l’adorait. Geoffroy racontait ses souvenirs de Paris où il connaissait tout le monde. Ou bien nous « cassions du sucre » sur le dos des absents… Mme Mennecy était alors dans son élément, surtout lorsqu’on parlait de certaines Saigonnaises quelque peu légères : encore une, disait-elle, qui a « la cuisse hospitalière », mais qu’attendez-vous, E. ?, me disait-elle avec son accent chantant. A 8 heures du soir nous écoutions religieusement les nouvelles dans la pièce du haut, murs jaunes, grand studio moderne avec un très large balcon- véranda d’où la vue s’étendait fort loin, au-delà du Donai. La nuit on n’apercevait que de petits feux, allumés ça et là. « Boy », voix tonitruante de Geoffroy, « Boy, moyen servir » — puis discussion sur la guerre, sur les gaullistes. Dès cette époque nous étions tous persuadés que l’Angleterre allait gagner. Après le dîner, fort bon toujours et toujours bien arrosé, partie de bridge interrompue de temps à autres par des moments de conversation. Peu à peu, les affaires du Siam prirent plus d’importance parmi celles- ci. Naturellement le rôle dévolu à notre pauvre RTA – dont le colonel M. ne se gênait pas pour critiquer le colonel – était considéré comme peu intéressant. Geoffroy, ne jugeant pas le secteur digne de lui, parvint finalement à se faire muter et à entrer dans I’E-M de Mennecy lui-même – qui devait aller à Battambang. Marise et Mme M. se chargèrent de veiller à nos prépa-ratifs matériels : boîte à pharmacie, lit pliant, matelas, couverture, etc.

Le centre de notre activité devait être Stung Treng (1) où le 1er bataillon commandé par le commandant Pillot nous avait précédés de quelques semaines. Adieux à R. que je ne devais plus revoir, dans son appartement de la rue Catinat la veille du départ à 1 heure. Très occupé par les préparatifs, Geoffroy, qui commandait la 5e étant muté, avait été remplacé par un lieutenant que personne ne connaissait et qui avait travaillé dans les bureaux a Saigon. Il ne plut à personne, au capitaine Marion moins qu’à tout autre. Aussi ce dernier protesta- t-il vigoureusement auprès du colonel contre ce changement de dernière heure et finalement ce fut moi, qui avais été à la 5* depuis sa formation, un an avant, qui fut charge du commandement. J’avais avec moi le sous-lieutenant Peret, un revenant de l’autre guerre, passé officier dans la réserve, Lieutaud, fraîchement promu aspirant et qui était métis mais très consciencieux, Drouais, un sergent-poilu de toutes les campagnes de la Grande Guerre, Valentin, sergent-chef, comptable — un Martiniquais café au lait —, Riel et pour compléter le tableau un Corse 100 %, le caporal-chef Frégoli. Tout ce personnel européen — à l’exception des deux derniers nommés — était réserviste. Quant à mes tirailleurs, je les connaissais assez bien — savais leurs faiblesses, moi qui avais passé plus d’un an à essayer de les instruire… Nous avions été autorisés à prendre nos voitures personnelles. La vieille Peugeot, un cabriolet 2 places, était capable de tenir le coup. Mais j’eus la prudence de prendre un chauffeur annamite avec moi. Départ du 2e bataillon le 18 novembre (environ) au petit jour.

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